En effet, et comme vous le soulignez, les achats de logiciels ne représentent qu'environ 10 % du montant total des investissements IT des entreprises. Tout dirigeant d'entreprise qui veut mettre en œuvre une réduction de ces investissements, quels qu'ils soient, le fait en fonction d'une matrice de priorités, laquelle priorise naturellement les postes dont les montants sont les plus élevés.
Par quel contour, donc, de la pensée, le sujet de la réduction des investissements IT est-il systématiquement abordé au travers de la réduction des achats de logiciels, qui représentent la part la plus faible dans les investissements IT ?
C'est d'ailleurs une approche qui n'est pas uniquement le fait de la presse, mais aussi des décideurs : combien de fois ai-je rencontré des décideurs, du secteur public et du secteur privé, exprimer avec fierté qu'ils avaient réduit leurs montants d'achat de logiciels. Ceux-là mêmes étaient, dans le même temps, dans l'incapacité d'exprimer le coût global de leur système d'information et s'ils avaient aussi réduit leurs autres postes de dépenses IT.
Si je puis me permettre, sans bien sûr chercher à vous convaincre, cette question est au cœur de la démarche de l'AFDEL : montrer qu'en réalité la culture française est totalement orientée vers le développement d'applications spécifiques qui est peu usité par les Anglo-saxons. Ceux-ci ont bien compris depuis longtemps que l'efficacité des entreprises passe par la standardisation des process, ce que permet le logiciel, et que peu de chose en réalité distingue l'organisation d'une entreprise d'un secteur avec une autre entreprise du même secteur. A quoi bon réinventer la poudre, d'autant plus que les logiciels actuels sont largement paramétrables et adaptables ? Et pourtant, c'est bien le message ambiant !
Comment ne pas avoir remarqué une étude récente, commanditée et réalisée par une société de services et de conseils, auprès de DSI de sociétés du CAC 40, et qui était uniquement focalisée sur le message : "Le cost-killing en matière d'IT : réduire les achats de logiciels", et rappelant que les logiciels, contradiction flagrante, représentaient 10 % de la dépenses IT ! Veut-on réellement aider les entreprises à prioriser leurs investissements ou en fait défendre des intérêts ?
Sur le plan macroéconomique, cette tendance de fond explique en large partie la faiblesse de l'industrie française du logiciel. Chacun comprendra bien qu'un euro investi par une entreprise auprès d'une société de services informatiques n'a pas la même valeur (et ce n'est pas un jugement), en terme d'innovation et de R&D, qu'un euro investi auprès d'un éditeur de logiciels.
Il faudra malheureusement du temps pour que les choses évoluent, car la source du sujet est fondamentalement culturelle et Dieu sait si, en France, il est difficile de faire évoluer les mentalités et les comportements des entreprises et des individus.
Voilà ce qui inspire la démarche de tous les éditeurs de logiciels regroupés au sein de l'AFDEL, qui, au delà de la défense de leurs propres intérêts catégoriels, sont convaincus que leurs entreprises peuvent constituer un des fers de lance de la capacité des économies occidentales à conforter leurs positions dans un cadre de mondialisation accélérée, marquée par une délocalisation des fonctions à faible valeur ajoutée (sur ce point, il n'est d'ailleurs pas anodin de constater que les activités de services informatiques délocalisent très largement, ce qui n'est pas le cas de l'industrie du logiciel pour les raisons que vous connaissez bien).
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